Les Zones à Faibles Émissions (ZFE) sont des dispositifs créés pour réduire la pollution de l’air en limitant l’accès des véhicules les plus polluants à certaines zones urbaines. Si cette mesure devrait être bénéfique pour la santé publique et pour faire de nos villes des exemples en matière de transition écologique, elle soulève des problèmes majeurs dans sa mise en place, notamment en s’appliquant de manière violente et stigmatisante sur les plus fragiles, et en ne luttant en rien contre les propriétaires de nombreux véhicules, les problèmes d’accessibilité et l’accompagnement vers un véhicule moins polluant. Dans le cas de la Métropole de Lyon, l’application de cette politique décidée nationalement renforce une ségrégation spatiale et sociale déjà forte.
Un enjeu de santé publique
Il est incontestable que la pollution de l’air constitue un enjeu majeur de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) évalue à plusieurs millions le nombre de morts prématurées causées chaque année par la pollution de l’air extérieur à l’échelle mondiale. À Lyon, comme dans de nombreuses autres métropoles, la qualité de l’air demeure une préoccupation quotidienne. L’instauration de Zones à Faibles Émissions pourrait alors apparaître comme une mesure indispensable pour réduire les niveaux de dioxyde d’azote et de particules fines, qui sont responsables de maladies respiratoires, cardiovasculaires, voire de cancers.
Cependant, cet objectif écologique et sanitaire ne peut justifier des politiques qui génèrent de nouvelles formes d’exclusion sociale. L’enjeu ne réside pas seulement dans l’urgence d’agir pour purifier l’air, mais dans la manière dont ces actions sont mises en œuvre, afin qu’elles soient réellement justes et accessibles à toutes et à tous. Car, dans un monde parfait, personne ne serait contre remplacer l’intégralité des véhicules polluants contre des véhicules moins polluants. Cependant, 9 millions de Français·es vivent sous le seuil de pauvreté, les étudiant·es comme nos aîné·es subissent l’inflation de plein fouet et les fins de mois arrivent de plus en plus tôt. Les signes de cette urgence sociale sont là : les associations sont submergées de demandes, les gens se privent d’un bon accès à la santé, de chauffage, de nourriture et parfois même de l’eau. L’accès aux droits est compromis. C’est dans ce cadre que viennent se greffer les contours de l’application de l’interdiction des crit’air 3 dans Lyon, Villeurbanne, Caluire, mais aussi les axes périphériques M6/M7 ou encore le boulevard Laurent Bonnevay.
Au coeur de la mise en place :
Avec la mise en place de la ZFE à la lyonnaise, des restrictions croissantes sur les véhicules Crit’air 3 entre en vigueur, ce qui comprend des voitures diesel immatriculées entre 2006 et 2010, des voitures essence immatriculées entre 1997 et 2005, des deux-roues motorisés immatriculés entre 2004 et 2006. Ces véhicules sont, de fait, utilisés le plus souvent par des personnes issues de milieux modestes, en provenance de l’Est lyonnais, et dans le but de se rendre sur leur lieu de travail. Pour ces derniers, la mise en place des ZFE les soumet à la menace d’une amende de 68€ en cas de circulation ou stationnement dans les zones suivantes :
Loin d’être une politique universelle, la ZFE dans la Métropole de Lyon semble avant tout punir les plus pauvres, les précarisant encore et les excluant également du cœur de cette dernière. Les familles qui n’ont pas les moyens d’acheter un véhicule neuf ou de financer une conversion écologique (comme un véhicule électrique ou hybride), ne bénéficient pas des aides suffisantes pour ce faire et se retrouvent contraintes à ne plus pouvoir se déplacer librement dans leur propre ville. Et de fait, nous, insoumis·es, ne pensons pas que c’est uniquement vers le rachat de voitures qu’il faut aller. Sanctionner les conducteurs et conductrices d’anciens véhicules est de fait les pousser vers l’achat d’un nouveau si aucune autre politique n’est mise en œuvre pour répondre aux besoins de mobilité.
La ZFE, sous ses airs de politique verte, se transforme donc en un dispositif qui exacerbe les fractures sociales et celles des bassins de vie. Les habitants des quartiers populaires se voient condamnés à une mobilité réduite ou à l’obligation de fraude, tandis que les classes supérieures, ayant un meilleur accès aux transports en commun ou à des véhicules neufs et dépolluants, peuvent rouler et stationner, sans limite du poids du véhicule, du nombre de véhicules et du niveau de pollution de leurs nouveaux équipements.
La nécessité de faire de l’écologie populaire :
La Métropole de Lyon et son président ont fait un choix : être la première Métropole de France à sanctionner par la verbalisation. Ce choix, nous le combattons. Les élu·es du groupe “Métropole Insoumise Résiliente et Solidaire !” à la Métropole de Lyon, mais aussi mes collègues députés du Rhône et l’intégralité des militant·es, ont demandé un moratoire sur les sanctions. L’application de cette politique ne peut se faire au prix de la précarisation.
De plus, les ZFE doivent s’accompagner d’une réflexion plus large sur l’aménagement urbain et la répartition des réseaux de mobilités dans la ville. Il nous faut d’urgence revoir le réseau de transport TCL pour améliorer les fréquences et que les trajets soient adaptés aux déplacements. De plus, si nous voulons en finir avec l’usage massif de la voiture dans la Métropole de Lyon, le réseau doit être accessible. Premièrement, accessible en termes de prix. Nous souhaitons mettre en place la gratuité des transports pour les moins de 25 ans dans un premier temps et pour tous et toutes ensuite. Deuxièmement, accessible aux personnes à mobilités réduites. Là-dessus, le travail fait par l’exécutif actuel va dans le bon sens et doit être accéléré afin que tous les grands Lyonnais·es puissent avoir accès au même droit à la mobilité. Et accessible en terme spatial, pour que, où qu’on soit sur le territoire métropolitain, Lyon soit accessible rapidement et simplement.
Il est impératif d’agir pour réduire la pollution de l’air, mais cette action ne doit pas être une excuse pour creuser les inégalités sociales. La ZFE, telle qu’elle est actuellement appliquée dans la Métropole de Lyon, est en train de créer une ségrégation sociale supplémentaire à celles existantes. La question n’est pas de rejeter les ZFE, mais de les rendre compatibles avec une application qui ne produit pas davantage de violence sociale. Pour cela, une politique de mobilité durable, de soutien aux plus vulnérables et d’investissement dans les infrastructures écologiques est plus que jamais nécessaire. Nous pouvons également faire davantage de justice fiscale en taxant les SUV ou en faisant reposer l’effort sur celles et ceux ayant les moyens de contribuer à la transition écologique.
L’objectif est là : faire la transition environnementale dont l’humanité à besoin, sans précariser, stigmatiser et sanctionner les plus précaires.

