Emmanuel Macron se targue d’une baisse du chômage. Il stigmatise toujours davantage celles et ceux qui sont exclu·es du marché du travail. Six mois après l’entrée en vigueur de la loi pour le plein emploi, son volet « sanctions », condamné unanimement par les associations et les syndicats, a été formalisé dans un décret publié le 31 mai au Journal officiel. Il prévoit la suspension d’au moins 30 % de l’allocation des demandeurs d’emploi, dont les bénéficiaires du RSA, pour une durée allant jusqu’à quatre mois. Pourtant, malgré cet entêtement, la pauvreté progresse. Cette triste vérité n’est pas un paradoxe mais une conséquence logique de décennies de politiques libérales, applaudies par les macronistes et leurs prédécesseurs.
Le dessous des chiffres
Il nous est sans cesse répété que « le chômage est plus bas depuis quinze ans ». La réalité derrière ce chiffre est toutefois bien plus sombre. En effet, derrière des grandes déclarations et des éléments de langage choisis pour nous faire miroiter les réussites du macronisme et du libéralisme économique, on observe une augmentation du taux de pauvreté. Se cache donc derrière ces chiffres une réalité bien plus sombre, celle de l’augmentation généralisée de la pauvreté dans notre pays.
Sur la période qui s’étend de 2015 à 2022, le taux de chômage est certes passé de 10,3% à 7,3%. Mais cette donnée prend une autre signification lorsqu’on s’attarde sur le taux de pauvreté monétaire. Ce dernier, défini par la part des personnes gagnant moins de 60 % du revenu médian, est resté stable, évoluant de 14,2 % à 14,4%, selon les données recueillies par le comité scientifique du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE). Le taux de privation matérielle et sociale, autrement dit la part des personnes qui ne peuvent pas couvrir au moins cinq dépenses de la vie courante sur une liste de treize, a lui aussi légèrement augmenté de 12,1% à 13,1%, tandis que la part des personnes se considérant comme pauvres a été marqué par une forte hausse de 12,4% à 18,7%.
La corrélation : Hausse du taux de pauvreté chez les retraités depuis 2017
Derrière cette expression absurde se cachent en vérité des temps partiels subis, de l’intérim, des CDD précaires et de « l’auto-entrepreneuriat » forcé.
Le gouvernement ne crée pas du travail mais bien de la misère qui bosse. Cette contradiction trouve sa source dans le fait que les actifs employés sous contrats temporaires et à temps partiel ou sous le statut de micro-entrepreneur n’ont pas pu sortir de la pauvreté grâce à leur emploi, ou que, souvent, les apprentis de l’enseignement supérieur vivaient déjà au-dessus du seuil de pauvreté avant d’être en emploi.
S’ajoute aux raisons de ce constat la dégradation de la situation des inactifs, en particulier des retraités et des retraités âgés de moins de 75 ans, pour cause d’invalidité. En effet, depuis 2017, on observe une hausse du taux de pauvreté massive chez les retraités. La pension des nouveaux retraités est depuis 2017 « légèrement inférieure à celle de l’ensemble des retraités », selon l’étude. On comprend donc que la création d’ « emplois n’équivaut pas nécessairement à sortir les gens de la galère ».
La troisième explication tient à la différence de progression entre le seuil de pauvreté monétaire et le niveau de vie des ménages les plus modestes. La croissance du premier, due à l’augmentation du revenu médian français, est bien supérieure à celle du second puisque les personnes un peu au-dessus du seuil de pauvreté sont passées en-dessous. En raison de l’inflation sur l’énergie et les produits alimentaires et de leur niveau de vie initial déjà très peu supérieur au seuil de pauvreté, ces dernières ont pu être confrontées à de nouvelles privations.
La fabrique de travailleurs et travailleuses pauvres
Finalement, travailler ne protège plus de la pauvreté. Selon l’Insee, 2,1 millions de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté. Ce sont 2,1 millions de gens qui triment pour rester pauvres. Pendant ce temps, le gouvernement sabre dans les droits en réduisant les durées d’indemnisation chômage, en durcissant les conditions d’accès au monde du travail tout en pressurant constamment les Français à accepter n’importe quel job. Voilà le « modèle » social qu’on nous impose.
Les actions du gouvernement visent à faire baisser les chiffres, pas la souffrance.
Pourtant, Macron et ses ministres parlent de « plein emploi ». Un plein emploi au sein d’un marché du travail ultra-flexible, pour des travailleurs corvéables à merci et source d’une précarité structurelle normalisée.
Et ce n’est pas nouveau. Depuis les années 2000, tous les gouvernements, de droite comme « socialistes », ont martelé les mêmes idées, à savoir la baisse des « charges », la flexibilité, une diminution des protections et une « incitation à reprendre le travail ». Mais pour quel résultat ? Maintenir une trappe à pauvreté.
Une formulation au service d’ une stratégie gouvernementale
Cette situation n’est pas une erreur mais bien une stratégie. Celle de faire croire que la pauvreté est un « problème individuel », de culpabiliser les chômeurs, de banaliser la précarité ainsi que de préserver les profits et un « coût du travail » bas.
Mais il est flagrant que ce modèle est à bout de souffle. Il n’est pas possible d’avoir une société digne si travailler ne suffit plus à vivre décemment. La richesse produite doit servir à garantir des emplois stables, des salaires honnêtes et une sécurité sociale forte. Cette situation révèle l’échec total du libéralisme à « réduire la pauvreté », qu’il gère, organise et invisibilise dans les statistiques, alors qu’elle est bien réelle humainement.
La nécessité d’un changement de logique
Il est donc temps de changer de logique en revalorisant le SMIC et les minimas sociaux, sécurisant les parcours pro, protégeant les chômeurs, redistribuant les richesses. Le plein emploi n’a de sens que s’il sort de la misère, et non s’il y est enfermé.
Certes, le chômage semble baisser (de manière risible, à la marge et du fait de manipulation des chiffres). Mais la pauvreté reste, amplifie, explose. Et elle, jusqu’à toucher dans les corps et les chairs. Il n’y a donc là aucune victoire ni moyen de se réjouir. Mais bien un gouvernement dont l’inaction à lutter contre la pauvreté est coupable et doit être dénoncée.

