Depuis 1987, le 17 octobre est consacré à la journée mondiale du refus de la misère. Une date symbolique plus que jamais nécessaire, alors que la pauvreté ne cesse de s’aggraver dans notre pays. En France, chaque jour, des milliers de personnes peinent à se nourrir, à se loger ou à se soigner.
D’après les derniers chiffres de l’Insee, 10,5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de 15 % de la population : près d’un·e français·e sur six.
Depuis huit ans, Emmanuel Macron mène une politique au service des plus riches, creusant les inégalités et aggravant la précarité de millions de personnes. Son quinquennat s’est ouvert sur une promesse implicite : enrichir l’oligarchie, au détriment du peuple.
Ce peuple qui, les 10 et 18 septembre, puis le 2 octobre, s’est levé pour refuser le futur sombre que le Gouvernement lui promet. Un futur austéritaire, où l’accès aux services publics se réduit chaque jour un peu plus, où aller à l’hôpital ne garantit plus d’être soigné, où étudier à l’université relève du parcours d’obstacles, où le droit au logement s’effondre, et où la retraite devient un souvenir lointain, réservé à quelques privilégiés.
Ce futur sombre n’est pas une menace abstraite : il se vit déjà, chaque jour, dans nos rues. Il se lit dans les visages de celles et ceux qui dorment dehors, dans les familles contraintes de vivre à la rue faute de place d’hébergement d’urgence, dans le regard des 2 159 enfants qui se sont fait refuser du 115, faute de place. La France, sixième puissance mondiale, laisse des enfants grandir dans le froid et la pauvreté. C’est là le signe le plus cruel d’une société qui a renoncé à protéger les siens.
L’effondrement de notre système d’hébergement d’urgence fait peser de lourdes conséquences pour les 350 000 personnes sans domicile fixe dans notre pays. L’explosion de leur nombre face à la diminution du nombre d’hébergements d’urgence fait que les plus démunis, les plus exposés aux violences, les enfants, mères de famille et femmes victimes de violences sexistes et sexuelles se retrouvent démunies de tout dispositif de solidarité national pouvant leur permettre de faire face à leur situation matérielle. Le projet de loi de finances pour l’année 2026, présenté par Sébastien Lecornu, le Premier ministre illégitime, refuse à nouveau d’augmenter significativement le budget alloué à l’hébergement d’urgence. Or, les associations gestionnaires des centres d’hébergement sont à bout de souffle et beaucoup d’entre elles risquent de mettre la clé sous la porte, faute de financement par l’État. Un récent avis du Sénat rapporte les propos d’associations qui alertent sur une perspective glaçante : si rien ne change, 50 % des organismes gestionnaires pourraient cesser leurs activités d’ici à la fin de l’année. Entre janvier et juillet 2024, 60 % des demandes d’hébergement n’ont pu être satisfaites, contre 34 % en 2022. Pire encore : 70 % des ménages à la rue ne sollicitent même plus le 115, tant la réponse apparaît incertaine. Il y a urgence.
Face au refus du Gouvernement de préserver notre solidarité nationale, il ne reste que la misère, et nous ne pouvons l’accepter.
Le droit au logement n’est aujourd’hui plus qu’une formule vide, bonne à être utilisée dans les discours, mais plus une réalité matérielle. J’ai pu travailler pendant plusieurs mois à l’élaboration d’un rapport sur l’effectivité du droit au logement opposable (DALO), dans lequel je souligne que ce droit n’est que théorie. Le rapport du tableau de bord statistique DALO publié en juillet 2025 par le Haut Comité pour le Droit au Logement le démontre : 124 958 recours ont été déposés en 2024, un record historique (+14 % en un an), et pourtant plus de 110 000 ménages reconnus prioritaires restent en attente d’un relogement, dont la très grande majorité hors des délais légaux.
Les arbitrages budgétaires successifs des gouvernements Philippe, Borne, Bayrou ou Lecornu, vont systématiquement dans le sens de la casse de l’accès au logement pour toutes et tous : réduction des crédits consacrés au logement social et à la prévention de l’exclusion, coupes dans les aides aux associations, gel des prestations sociales comme les aides personnalisées au logement ou encore délaissement de la rénovation thermique et de la mise en accessibilité de notre parc social pour les personnes handicapées. L’effort public pour le logement est en baisse constante : il représentait 2,2 % du PIB en 2010, c’est 1,5 % aujourd’hui, son niveau le plus bas. L’état actuel du DALO démontre l’incapacité de l’Etat à garantir l’égalité devant la loi et la dignité pour toutes et tous, et souligne une fois de plus ce triste constat d’une acceptation de la misère de la part des puissants.
Alors que 855 femmes, hommes et enfants sont décédés dans la rue en 2024, le Gouvernement ne voit la politique que comme un jeu, que comme une course pour se sauver soi-même et ses amis, sans aucune considération de la vie des gens, qui meurent de par leur inaction. Emmanuel Macron et ses inféodés méprisent les valeurs de la République : la solidarité nationale, la fraternité entre les êtres humains, l’égalité de toutes et tous à une vie digne et la liberté pour chacun·e d’accéder à son émancipation.
Au cours de mon mandat, j’ai rencontré beaucoup de personnes en situation de détresse, à Lyon comme partout sur le territoire. C’est également par une rencontre que s’est déroulé mon premier déplacement en tant que députée, avec des femmes qui ont squatté durant de longs mois un bâtiment dans le 9ème arrondissement, et ce pour mettre à l’abri leurs enfants en bas âge. Toutes, sans exception, avaient une expérience de rue. Beaucoup de leurs enfants aussi. À travers des collectes (fournitures scolaires, nourriture, protections hygiéniques…), mais aussi en rencontrant des dizaines d’associations et des collectifs, j’ai essayé de faire de mon mandat un outil à disposition des besoins. Sans la prétention de pouvoir immédiatement changer le quotidien de celles et ceux que je croise, mais avec l’ambition de construire des politiques permettant de modifier significativement leur situation.
Hier encore, nous étions rassemblés Place des Terreaux à Lyon, devant 14 000 messages inscrits sur autant de cartons par Alynéa – Samu social 69. Le constat marquant de voir autant de cartons qu’il y a de personnes en situation de sans-abrisme dans la métropole de Lyon. L’urgence est là. Mettre mon mandat au service de cette urgence est un devoir, des batailles budgétaires en commission des Affaires sociales jusqu’aux actions en circonscription.
Ces rencontres m’ont également alertées sur la situation d’hébergement des personnes en situation de handicap. Quand des personnes, en France, ne peuvent pas sortir de chez elles, ne peuvent pas se nourrir seules car leur cuisine n’est pas accessible, doivent se traîner au sol pour pouvoir se doucher, doivent se mettre en danger en permanence pour effectuer la moindre action, quand l’assignation à résidence fait courir des périlles physiques et mentaux considérables. Ma proposition de loi pour instaurer une accessibilité réelle des logements aux personnes en situation de handicap veut instaurer des dispositifs de contrôle bien plus stricts et efficaces pour faire respecter de nouveaux objectifs : 100% des nouveaux logements devront être accessible dès la construction et le parc de logement social et étudiant devra être rénové pour que 30% des logements soient accessibles d’ici 2030. Ce n’est que le strict minimum pour que les personnes en situation de handicap puissent se loger dignement, puissent rendre visite à leurs proches et recevoir d’autres personnes chez elles, tout comme les personnes âgées en perte d’autonomie.
Là encore, le gouvernement ne fait rien, laissant 1 million de personnes assignées à résidence, ne pouvant sortir de chez elles, et par conséquent, ne pouvant accéder à leurs droits les plus fondamentaux, ne laissant que la misère.
La précarité des personnes handicapées est souvent soulignée, mais rarement combattue. Le validisme porte des conséquences matérielles concrètes comme une plus grande exposition à la pauvreté, au sans-abrisme ou à l’impossibilité de se soigner. Du fait de l’inaccessibilité du monde du travail, les personnes handicapées sont également plus dépendantes des prestations sociales, dont l’évolution dépend du bon vouloir de l’Etat. Or, Lecornu a annoncé le maintien de l’année blanche sur l’ensemble des prestations sociales, aggravant la précarité globale des personnes handicapées, et de l’ensemble des personnes qui doivent compter sur la solidarité nationale, du fait de leur situation sociale et matérielle.
Le fait de se loger devient de plus en plus compliqué pour les classes populaires. Le marché du logement privé est totalement dérégulé et les loyers ne cessent d’augmenter, représentant une part croissante du budget des ménages. Quand le marché privé ne peut plus assurer un logement abordable pour toutes et tous, le logement social est censé constituer un contre-modèle à la dérégulation. Or, ce système est également fortement affaibli par des décennies de néolibéralisme qui ne cherche qu’à lui nuire. Construction en berne et rénovation à l’arrêt, le logement social est abandonné par l’Etat. Résultat : 2,7 millions de personnes sont en attente d’un logement social, un record historique.
Nous devons relancer massivement la construction et donner les moyens à la rénovation et à la mise en accessibilité de notre parc social. Le logement public constitue un contre modèle aux incertitudes du marché et au libre champ des propriétaires de fixer leurs prix, au détriment de la vie des ménages. Cette dérégulation du privé doit également cesser. C’est pourquoi, je travaille actuellement avec plusieurs collègues insoumis, à une proposition de loi pour rénover du sol au plafond le dispositif de l’encadrement des loyers ! Pérennisation dans le temps, extension à l’ensemble du territoire, contrôle de l’encadrement préalablement à la mise en location et dispositif d’encadrement à la baisse en zones tendues sont les premières pierres d’une reprise en main du futur du logement privé en France.
Le refus de la misère passe dans un premier lieu par l’accession à un toit pour toutes et tous, quels que soient ses moyens et sa situation sociale. Le logement est le préalable de tous les droits, le préalable à la reconstruction d’une société plus juste et solidaire.
En tant que présidente du groupe d’études “pauvreté, précarité, non-recours aux droits et sans-abri” à l’Assemblée nationale, j’ai pu rencontrer de nombreux acteurs, associations et collectifs qui, tous les jours, partout en France, font état du vent de misère que souffle Emmanuel Macron sur le pays. Cette misère, appliquée en politiques publiques par des premiers ministres toujours plus déshumanisants.
Le projet de budget de l’Etat et de la Sécurité sociale de Sébastien Lecornu vise à augmenter la fiscalité des plus précaires et à couper dans l’ensemble de nos services publics à hauteur de 30 milliards d’euros. Par une coupe de près de 20% dans le budget “Sport, jeunesse et vie associative”, c’est l’avenir de nos enfants et de nos associations essentielles dans notre solidarité qui sont sacrifiés. En gelant l’intégralité des prestations sociales, des pensions de retraite, en imposant les indemnités journalières des personnes en affection de longue durée et en augmentant le reste à charge sur les médicaments, ce sont les personnes les plus précaires qui sont attaquées dans leur pouvoir d’achat. En s’enfonçant dans le macronisme, nous avançons dans la misère et des millions de personnes basculeront dans la pauvreté. Le budget proposé par Lecornu est l’assurance d’une hausse du taux de pauvreté, du sans-abrisme, du taux d’étudiants qui sautent des repas et du non recours aux droits, notamment à se soigner.
Face aux pressions sur le pouvoir d’achat, nous devons combattre l’indifférence des puissants à la misère. Nous devons refinancer notre modèle social afin de permettre à tout le monde de mieux vivre et de bien vivre. Pour ce faire, nous devons réorganiser la répartition de la fiscalité : sur qui elle pèse et comment elle le fait. Depuis 8 ans, Emmanuel Macron n’a cessé d’alléger la fiscalité des plus fortunés : suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, allègement des cotisations sociales pour les patrons de manière démesurée et refus de lutter contre l’évasion fiscale, sont autant de milliards d’euros qui ne rentrent plus dans les caisses de l’Etat et qui conduisent au délabrement de nos services publics et de la solidarité nationale.
Les malades sont particulièrement ciblés dans ce nouveau projet de budget : suppression de l’exonération d’impôt sur le revenu des indemnités journalières et déremboursements de soins pour les personnes en ALD, comme les personnes avec un cancer par exemple ; création de nouvelles franchises sur les consultations de chirurgie dentaire et sur les dispositifs médicaux ; doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires, etc.
Une catastrophe sociale sans précédent, qui profite de la vulnérabilité des malades pour leur faire les poches. À vomir. Se soigner devient de plus en plus cher en France et notre Sécurité sociale est plus que jamais attaquée.
La misère touche également très largement la jeunesse de notre pays. La moitié des étudiants ont moins de 100 € de reste à vivre par mois une fois le loyer payé, ce qui fait que deux tiers des étudiants sautent un repas faute de moyens, 40% renoncent à se chauffer et 30 % renoncent à intégrer l’établissement de leur choix pour des raisons financières. Notre jeunesse est privée d’épanouissement, plombée par la misère qui leur est imposée par l’Etat. Déjà largement exposés à la pauvreté, Lecornu veut faire des économies sur leur dos : gel des APL et suppression des APL pour les étudiants étrangers hors UE, ou encore fin de l’exonération de cotisations salariales pour les apprentis.
Celui qui gouverne contre les étudiants, les apprentis, les précaires, les malades, les personnes handicapées, les classes populaires de manière globale, alors celui-là me trouvera toujours en travers de son chemin, ainsi que l’ensemble des députés de la France insoumise. Celui qui gouverne contre le peuple attise sa colère et sa propre chute. C’est ainsi qu’en tant que représentante du peuple français à l’Assemblée nationale, le vote de la motion de censure du Gouvernement de Sébastien Lecornu est la seule issue légitime et valable.
Cette journée du refus de la misère est une nouvelle fois l’occasion de rappeler que cette misère est le fruit de politiques menées consciemment contre les classes populaires, fruit d’un système politique, le néolibéralisme, qui produit les mêmes effets partout, tout le temps : l’enrichissement des rentiers et des héritiers, et la misère de tous les autres.

