Le non et mal-logement ne peuvent plus durer

1 990.  Commencer cette note par ce chiffre est hautement symbolique. J’aurais souhaité qu’il résonne seulement avec la loi du 31 mai 1990, visant à la mise en œuvre du droit au logement. Pourtant il est extrait du « Baromètre des enfants à la rue », produit par l’Unicef et la Fédération des acteurs de la solidarité en fin d’année 2023. Ce baromètre est présenté depuis 6 ans pour mesurer le nombre d’enfants sans solution d’hébergement. En 2024, le constat est accablant, le nombre d’enfants à la rue a augmenté de 3% par rapport à l’année précédente, et de 120% par rapport à 2021. 

2 043 enfants sans solution d’hébergement. Un chiffre inacceptable qui est le produit de politiques menées à court terme, appuyées par des outils conjoncturels, alors que nous avons besoin de mesures structurelles. 2 043 est là un chiffre qui n’est que le haut de l’iceberg. En effet, ce chiffre découle des appels qui sont faits au 115 et qui ne débouchent pas sur une une prise en charge faute de places. 

Cette augmentation annuelle n’est pas exceptionnelle : et en 4 ans, le nombre d’enfants sans solution d’hébergement a plus que doublé. Il faut bien comprendre que c’est le résultat de choix politiques, et qu’il serait possible et urgent de faire autrement. 

 

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Radicalement autrement, en distribuant les richesses et en privilégiant la solidarité à l’accumulation. Le narcissisme de nos gouvernants actuels comme précédents se situe là : pendant qu’ils glorifient les termes de « fraternité » et « solidarité », ils les bafouent à longueur de réformes. Être insoumise aujourd’hui, c’est également lutter contre cette usurpation sémantique, contre ces hypocrites qui précarisent le peuple tout en claironnant leurs éléments de langage creux.

Si la situation est politiquement dramatique, elle est humainement insoutenable. De savoir qu’au sein de nos villes principalement, tant de jeunes concitoyen·nes sont exposé·es, de manière psychologique comme physique aux nombreux dangers de la rue n’est pas acceptable. Surtout que dans le même temps, de très nombreux logements restent vacants, y compris ceux issus de l’accumulation patrimoniale et du logement touristique. Si le logement est en profonde crise, si 12,1 millions de personnes connaissent des difficultés à se loger, c’est le résultat direct de la politique pour les riches que mène depuis sept ans Emmanuel Macron, politique qui précarise la population au point d’en déloger une partie. 

 

  • I – Un État défaillant qui ne garantit pas le droit au logement

« Art. L. 300-1. – Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. »

L’hébergement est un droit pourtant inconditionnel, et l’État est donc profondément défaillant. Il l’est dans son incapacité à héberger les publics, y compris ceux relevant des principaux critères d’hébergement d’urgence. Encore une fois, un droit est bafoué. Dans le programme l’Avenir en commun et dans nos livrets thématiques, nous, insoumis⸱es, allons encore plus loin dans l’ouverture de nouveaux droits et la garantie de ceux existants. Réfléchir en termes de droits, c’est garantir l’universalité d’un socle commun, que l’État doit à chacun et que les gouvernements libéraux ne respectent pas. La violence, celle dont ils parlent sur les plateaux de télévision à longueur de journée, ce n’est jamais celle-là. Pourtant, je peux vous assurer qu’il y a une telle violence à ne pas garantir un droit fondamental aux plus précaires.

Loi dite « anti-squat », casse progressive de la loi SRU, baisse des APL, les politiques libérales et austéritaires des derniers mandats sont responsables de cette situation dramatique. Le mal-logement et le sans-abrisme sont un problème généralisé, non un fait isolé dans certains recoins du pays. 

14 826 000. 20% de la population française. Plus de 14 millions de personnes, de familles, de personnes vulnérables, de personnes en situation de handicap, d’étudiant·es, de seniors, qui vivent dans des conditions de logement très difficiles ou qui sont privés de logement personnel. Le cercle vicieux de la précarité s’applique et rentre dans les chairs de ceux qui le subissent. L’une entraînant l’autre, les précarités se superposent, s’additionnent, et créent des vulnérabilités communes à celles et ceux qui subissent ce système, quelque soit l’endroit où l’injustice s’exerce.

 

  • II – Symbole absolu de la violence macroniste : des nourrissons remis à la rue à Lyon

Lyon n’est pas épargné par la situation critique. La rentrée scolaire vient de se faire et 22 enfants sont déjà hébergés dans neuf écoles de Lyon et sa proche couronne. Et d’autres, hébergés sans solution à long terme, et expulsables juste avant la trêve hivernale, comme les femmes et enfants occupant le bâtiment quai Arloing dans le 9ème arrondissement de Lyon. Ce public  relève pourtant de l’hébergement d’urgence, du fait de leur statut de mères isolées avec enfants de moins de 3 ans. Je ne vous ferai pas ici la rédaction d’un constat exhaustif. Je ne veux pas mettre en lumière l’intégralité des situations qui existent souvent à quelques mètres de nos lieux d’habitation, dans le silence de la détresse. Et pourtant, aucun·e Lyonnais·e ne peut ignorer l’amplification du sans-abrisme à Lyon, rendu tristement visible à l’œil nu par la multiplication du nombre de tentes dans trop de quartiers. Dans la Métropole de Lyon, on compte plus de 20 000 mal-logés et plus de 2 500 sans-abris.

Dans le Rhône, 14 000 personnes seraient à la rue dans le Rhône, selon le décompte réalisé par Alynea (Association nouvelle d’écoute et d’accompagnement). Cette situation m’est particulièrement insoutenable et insupportable. L’insoumission, c’est aussi ressentir l’injustice, ne pas pouvoir la supporter et la transformer en énergie pour lutter. Alors j’interpelle Valérie Létard qui est la nouvelle ministre du Logement, la préfecture et discute avec la Métropole afin de trouver une solution pérenne pour ces gens. Le retour à la rue, c’est aussi le retour à un environnement violent, dangereux, où être une femme ou un enfant provoque la multiplication des vulnérabilités. Je peux vous dire que ce début de mandat a été marqué par les récits d’expérience, et qu’à ce titre, les récits de rue sont tragiquement marquants. 

Des nouveau-nés, de 5 et 11 jours ont même été remis à la rue à Lyon. Si la Métropole de Lyon a aujourd’hui la charge de la mise à l’abri des femmes enceintes et des femmes seules avec enfants de moins de trois ans (art.68 de la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion), les politiques étatiques ne lui permettent plus de disposer d’une situation budgétaire permettant la réalisation de ces hébergements. Comme souvent, le fil à tirer se trouve ici. Cette remise à la rue de nouveaux-nés, dramatique et inhumaine, est la conséquence directe des choix de L’État. Ce dernier qui choisit d’un côté de supprimer l’Impôt Sur la Fortune (ISF), de réduire l’impôt sur les grandes sociétés, de ne pas taxer les superprofits et de mettre en place le Prélèvement Forfaitaire Unitaire (PFU), qui a produit une hausse drastique des dividendes. Macron aurait pu choisir d’en finir avec le non-logement comme il l’avait promis au début de son premier mandat. Il aurait pu se donner les moyens de loger tous et toutes en France, mais a préféré nommer des gouvernements sommés de légiférer pour favoriser les intérêts des plus riches, quitte à faire exploser la pauvreté et le nombre de sans-abris dans notre pays. 

Plus fourbe encore, nous aboutissons maintenant au temps des « critères de vulnérabilité », qui hiérarchise et trie entre celles et ceux qui voient leur droit au logement bafoué. Faire des listes d’attente et les trier entre elles en en priorisant certaines. Nous arrivons là au point le plus narcissique de la politique du logement actuelle. Cette tentative de dissimulation de l’inconditionnalité du droit au logement pour ne pas répondre à son devoir dans la totalité. Nous n’avons aucune idée de quels sont les critères, l’ordonnancement de ces derniers, de la part des préfectures. Les communiquer serait affirmer que pour garantir les droits des gens, il n’y a pas de volonté politique universelle.

 

  • III – Des solutions existent pour vaincre la pauvreté et l’urgence sociale

Des situations existent pourtant. Création de places d’accueil d’hébergement d’urgence permettant un accueil inconditionnel, réquisition des logements vides, inscription du droit au logement dans la constitution, construction de logements sociaux… Et puis bien-sûr, lutter contre la précarité et l’explosion de la pauvreté, c’est aussi lutter contre le non et mal-logement. L’augmentation des salaires par le passage du SMIC à 1600€ net, l‘augmentation du minimum contributif (pension de retraite pour une carrière complète) au niveau du SMIC et le minimum vieillesse à plus de 1200€, faire le blocage des prix sur les biens de première nécessité, c’est aussi ça, agir pour de meilleures conditions de vie. 

Dans le « Baromètre des enfants à la rue », l’Unicef et la Fédération des acteurs de la solidarité présentent plusieurs propositions pour vaincre les problèmes de mal et non-logement, et sortir d’urgence les enfants de la rue. Des solutions existent et doivent être mises en œuvre : il faut engager une action sur les dysfonctionnements, des politiques publiques ayant un impact sur le sans-abrisme et inscrire dans le Projet de Loi de Finances pour 2025 la création de 10 000 places d’hébergement supplémentaires pour porter la capacité du parc à 213 000 places.

Par tous ces constats et ces mots, j’ai voulu vous témoigner ce que je ressens quand je vois la fabrique de la misère de masse par les gouvernements libéraux. J’ai voulu profiter de l’espace que permet l’article pour dénoncer l’aggravation des conditions de logement et d’hébergement partout en France, et prouver que c’est la conséquence de choix politiques au profit des plus riches. Non, nous ne pouvons continuer de diriger pour une poignée de milliardaires lorsque tant de gens vivent dans des conditions si dures. C’est insoutenable, immoral et violent. Alors comptez sur moi pour transformer à l’Assemblée nationale cette révolte que je ressens lorsqu’on m’expose des situations d’injustice comme celles-ci. Comptez sur moi pour porter la voix de la justice sociale, de la garantie des droits et de l’insoumission.

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