8 mars : l’extrême-droite n’a pas sa place dans nos luttes 

Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, se tient cette année dans un climat politique préoccupant. 

L’antifascisme est criminalisé de toute part pendant que des groupes d’extrême-droite fémonationalistes et se revendiquant du féminisme bénéficient d’une visibilité médiatique sans précédent et d’une normalisation de leurs discours. 

Face à ces tentatives de récupération, notre réponse doit être claire, ferme et ancrée dans l’histoire de notre lutte : le féminisme est intersectionnel et antifasciste où il n’est pas. 

Un féminisme intersectionnel ou rien 

Le combat féministe est, dans son essence même, un combat contre tous les systèmes de domination. Historiquement antifasciste, le féminisme  refuse catégoriquement les hiérarchies entre les vies ou les oppressions. 

Le féminisme que nous défendons est intersectionnel et prend de ce fait en compte l’imbrication des discriminations que peuvent subir les femmes : racisme, homophobie, transphobie, validisme… Ainsi, il reconnaît que toutes les femmes ne vivent pas les mêmes violences et que certaines, parce qu’elles sont racisées, transgenres, migrantes ou précaires, cumulent les oppressions. 

Notre combat n’est pas individuel mais est un projet collectif visant à l’égalité réelle. Il est ancré dans les luttes sociales que nous menons quotidiennement : contre le racisme systémique, contre les violences policières, contre les politiques qui démantèlent les services publics… 

Violences sexistes et sexuelles : l’urgence d’agir 

Si nous refusons les récupérations, c’est parce que la réalité impose le sérieux. Le combat féministe est vital. Les droits des femmes ne sont pas pleinement acquis. Le sexisme continue de structurer l’ensemble de nos rapports sociaux, dans la sphère privée comme dans l’espace public. 

En France, une femme meurt tous les deux jours en raison de son genre. En 2025, 164 féminicides ont été recensés par l’association Nous Toutes. Début mars 2026, 16 femmes ont déjà été assassinées en raison de leur genre.

Pourtant, seulement 15 % des victimes de violences conjugales signalent les faits à la police ou à la gendarmerie. 40 % déclarent manquer de confiance envers ces institutions et 24 % pensent que cela n’aurait servi à rien. Et quand elles franchissent le pas, 40 % des plaintes sont classées sans suite, faute de preuves suffisantes. Selon la Fondation des Femmes, en 2024, la moitié des femmes victimes d’un féminicide conjugal avaient pourtant porté plainte.

Ces chiffres parlent d’eux-même. L’impunité nourrit les violences et l’inaction politique les rend possibles. En 2023, environ 184 millions d’euros ont été alloués à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Les associations considèrent  qu’il faut y consacrer 3 milliards d’euros, et la France insoumise les soutient pleinement dans cette revendication. Un féminisme intersectionnel exige des moyens massifs pour la prévention et la protection. La protection des femmes ne peut pas être  une variable d’ajustement budgétaire, c’est une obligation de l’Etat. 

Fémonationalisme : l’effroyable instrumentalisation de notre combat 

Dans ce contexte, voir l’extrême-droite tenter de s’approprier le féminisme relève d’une instrumentalisation particulièrement dangereuse. 

Les événements récents ont permis une médiatisation accrue du collectif Nemesis ainsi que sa banalisation. Ce dernier s’inscrit pleinement dans ce que la sociologue Sara R.Farris a théorisé sous le nom de «fémonationalisme», qu’elle définit comme l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes et xénophobes. 

Prétendre défendre les femmes pour stigmatiser les personnes  perçues comme racisées, musulmanes ou immigrées : voilà ce que recouvre cette rhétorique. Elle est d’autant plus cynique que les chiffres la démentent entièrement. En effet, 91% des viols et tentatives de viols sont commis par des proches de la victime, la moitié par le conjoint ou l’ex conjoint. Cette réalité ne s’ancre pas dans le récit xénophobe qu’ils portent, alors elle est ignorée. Or, l’ignorance est ce qui permet la violence, ce qui permet l’impunité. En ce sens, des collectifs fémonationalistes comme Némésis ne peuvent être considérés que comme contre les droits des femmes.

Nemesis défend une vision archaïque et réactionnaire de la société et promeut le modèle hétéropatriacal comme seul modèle possible pour les femmes.  De surcroît, ses membres s’attaquent aux femmes voilées et cible les personnes LGBTI, en particulier les personnes trans. Depuis plusieurs années, elles viennent perturber nos manifestations accompagnées d’un service d’ordre violent. À Paris, depuis trois ans, la préfecture de police les autorise non seulement à défiler derrière les cortèges, mais surtout les protège en les encadrant. Leur présence provoque la peur parmi les militant·es et empêche les manifestations de se dérouler sereinement. 

Par ailleurs, les récentes révélations de L’Humanité ont mis en lumière ce que Nemesis cherche à dissimuler derrière ses mises en scène médiatiques. Les responsables du collectif planifient, en lien direct avec des groupuscules néofascistes et néonazis lyonnais, de véritables guet-apens contre des militants antifascistes. 

Des militantes de Nemesis proposaient explicitement de servir  d’« appât » pour attirer des opposants dans des traquenards tendus par des nervis d’extrême droite. Ces échanges impliquent notamment Audace Lyon, un groupuscule néofasciste dont le dirigeant a été identifié par les enquêteurs comme ayant participé à une attaque violente organisée à Paris en février 2025, une descente qui s’est soldée par le tabassage d’un militant syndicaliste à vingt contre un. Chez ce même dirigeant, les perquisitions ont mis au jour un arsenal de treize couteaux, une hachette, des bombes lacrymogènes, ainsi qu’un fichier recensant des militants de gauche avec leurs adresses et immatriculations de véhicules.

La marche d’extrême droite qui s’est tenue à Lyon, dans laquelle se trouvait le collectif Nemesis, a vu défiler des slogans racistes, homophobes, et des saluts nazis.Cette manifestation a montré, pour qui en doutait encore, la vraie nature de ce mouvement identitaire. 

Le 8 mars,  nous marcherons pour toutes les femmes 

Ce 8 mars, comme chaque année, nous marcherons pour l’égalité réelle. Pour les femmes victimes de violences. Pour les femmes racisées confrontées au racisme systémique. Pour celles qui subissent la précarité. Pour les femmes migrantes, pour les femmes handicapées, pour les femmes lesbiennes, trans et intersexes. 

Nous ne le répéterons jamais assez, notre féminisme est antifasciste, antiraciste et social. Il ne s’accommode ni des récupérations opportunistes ni des discours de haine. 

Ce dimanche, soyons nombreuses et nombreux dans la rue. À Lyon, comme partout ailleurs, faisons du 8 mars une démonstration de force collective : l’extrême droite n’a pas sa place dans nos luttes, et nous le ferons savoir. 

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