Revenons ensemble sur ce qui s’est passé lors de cette Fête des Lumières de Lyon 2025, et plus particulièrement sur un geste militant ayant fait l’actualité nationale ces derniers jours. Revenir dessus pas sous l’angle d’un buzz ou d’un tweet, pas juste comme une info parmi d’autres, mais comme la lecture d’un acte militant devenu un moment politique, une séquence médiatique, et nous permettant l’analyse de ce qu’il se passe dans ce pays. Un moment où quelque chose s’est fissuré dans le décor, et où la vérité a fini par se projeter, littéralement, sur les murs de la Place des Terreaux.
- Vous les avez vues passer, ces projections :
- « La police blesse et tue »
- « Sainte-Soline : ni oubli ni pardon »
- « On dégage le RN »
- « Fuck Nazis »
- « Non à l’État policier »
Des phrases qui claquent, oui.
Des phrases qui dérangent évidemment du côté des aboyeurs, de la droite qui n’a que les polémiques pour elle, et de l’extrême droite qui n’a que la répression du militantisme pour elle.
Des phrases qui dérangent étonnamment du côté du maire de Lyon, Grégory Doucet et des socialistes, se rangeant derrière “la bienséance”, se drapant d’une image insupportable de “bon élève” qui les fait en réalité passer pour des pitres, auprès des collectifs engagés comme du grand public.
De mon côté, des phrases nécessaires, et je vais vous dire pourquoi.
Pourquoi ces mots font si mal ? Parce qu’ils disent ce que l’État cherche à cacher.
Je vous le confie simplement et dans un tranquillité que ma position exige : je suis révoltée qu’on joue à se faire peur avec les mots, alors que les faits, les violences policières et le racisme systémique, continuent de blesser, de mutiler, de tuer. Fatiguée de l’hypocrisie institutionnelle qui hurle au scandale dès qu’un mur parle trop fort, mais reste étrangement silencieuse quand ce sont les corps qui encaissent.
Ces messages projetés ne visaient pas des personnes, ne s’adressaient pas à un collectif isolé ou à un collectif constitué. Ce n’était pas une “haine de la police”, ou des revendications “anti-police” malgré ce que répètent en boucle la préfecture, les candidats de droite, la presse locale et nationale, tentant de donner une véracité à leur propos en les martelant.
Ils visaient un système : un mode de maintien de l’ordre où le tir tendu est banalisé, où la grenade devient réflexe, où l’on rit et se réjouit de blesser et mutiler des corps, dans l’impunité la plus totale des instances de surveillances des comportements, comme l’IGGN. Et si ces phrases nous paraissent “violentes”, ce n’est rien comparé aux faits qu’elles dénoncent. Elles ne constituent, au mieux, qu’un pâle reflet de la violence qu’elle met en lumière.
Vous le savez, nous, député·es de La France Insoumise, avons beaucoup écrit sur Sainte-Soline. Parce que cette journée est un traumatisme collectif, où de nombreux des notres étaient. Parce qu’on y a vu des centaines de personnes, jeunes et âgées, militantes et simples riverains, se faire tirer dessus comme si c’étaient des ennemis, luttant juste dans leur droit, contre un projet écocide. Parce qu’on y a entendu sur place et dans de nombreuses images des ordres ignobles, des insultes, des rires nerveux mêlés au bruit des explosions.
Et parce qu’aucun responsable n’a été identifié. Aucun. Comme si le système avait été conçu pour que personne ne réponde jamais de rien.
Alors oui, quand Les Soulèvements de la Terre projettent “Ni oubli ni pardon” sur les façades étincelantes de la Fête des Lumières, ce n’est pas un caprice. C’est de la mémoire et de l’action politique majeure. C’est une promesse faite aux blessés, à celles et ceux qui ne pourront plus témoigner et aux gendarmes ayant commis ces violences policières : Nous ne vous oublierons pas.
Ce que le cautionnement de la désobéissance civile dit de nous
À Lyon, la confusion n’est pas venue des militants… mais des responsables politiques venues s’agiter de crier contre des messages, sans les analyser ni en discuter la racine même, où ce qu’ils dénoncent précisément. C’est à vous que ces quelques lignes s’adressent maintenant.
D’un côté, Jean-Michel Aulas, candidat de l’union des droites, surenchérissant sur le thème de “l’insécurité militante”. De l’autre, un maire Ecologiste condamnant les slogans sans jamais parler des violences qu’ils dénoncent. Un étrange alignement. Une étrange amnésie. Une étrange frilosité, aussi. 3 étrangetés qui, cependant, n’étonnent plus beaucoup de lyonnais·es.
Alors aux responsables de gauche ou aux irresponsables de droite, je le dis : la désobéissance civile n’est pas un hobby. Ce n’est pas un folklore militant ou un passe-temps de jeunes bourgeois. C’est une tradition philosophique, une responsabilité morale, un moyen d’action collectif quand on n’en a plus, une manière d’hurler sur les toits et sur les murs : « L’État se trompe de route, le peuple est à bout, et il doit reprendre la main de la justice. »
Thoreau l’a écrit, mais surtout, il l’a vécu : « lorsque la loi devient injustice, la désobéissance devient un devoir. ».
À force de vouloir paraître “responsables”, de vouloir se donner un côté sage et une figure de bon élève pour la classe bourgeoise, dominante et médiatique, certains élus finissent par être de ceux qui se rangent, dans ces buzz médiatiques hideux, du côté de l’injustice.
Et le RN dans tout ça ?
Eh bien justement. Un des messages projetés disait : « On dégage le RN ». C’est peut-être celui dont on a le moins parlé, et pourtant, son utilité était tout aussi nécessaire que les autres messages.
Nous vivons une période où l’extrême droite avance, non parce qu’elle est irrésistible, solide sur le fond et bénéficie de tribuns hors pairs. C’est l’inverse. Mais parce qu’elle est aujourd’hui la petite chose de puissantes élites xénophobes, ayant étalés leurs idéologies brunes dans la majorité du marché de l’audiovisuel, des maisons d’édition, des sphères d’influences. Sans que cela, de fait, ne fasse les grandes lignes de plateaux télé plus occupés à débattre des messages salutaires des Soulèvements de la Terre.
Ce soir-là, à Lyon, cette ligne a brillé sur les murs : le RN est un danger et ce danger est évitable. Je suis particulièrement fière de ça, alors que j’écris ces lignes au moment où, main dans la main, la Préfecture et la mairie ont choisis d’interdire la tenue de l’Antifa Fest de Lyon, bâillonnant de ce fait les voix antifascistes et se rangeant, ensemble, derrière les demandes de l’extrême droite.
Cette action lumineuse, cette “effraction poétique” comme certains l’ont appelée, nous dit quelque chose de plus profond sur la société et sur le moment dans laquelle nous combattons : que la résistance à la violence d’État n’est pas un vestige, mais une nécessité et qu’il existe aujourd’hui des gens qui n’ont pas peur des mots de justice et de lutte.
En même temps, cette séquence souligne que d’autres, face à une pression trop intense pour la fermeté de leur conviction, ont basculé dans un déshonneur volontaire.
Moi, je choisis cette gauche-là qui ne détourne pas le regard et ne s’excuse pas lorsqu’elle demande des comptes à l’État sur les violences policières. De cette gauche qui se souvient des faits et des engrenages systémiques. De cette gauche qui lutte avec courage face au discours dominant, instauré par des responsables politiques ou moraux sans fond.
Et vous, de quel côté de cette lumière vous situez-vous ?

