Colloque pour la justice sociale : face à l’austérité macroniste, les associations dénoncent ensemble l’inaction de l’État

J’ai profité de cette semaine de pause des activités parlementaires pour vous dire quelques mots du colloque que j’ai organisé à l’Assemblée nationale le jeudi 20 février, dans le cadre de la journée mondiale pour la justice sociale. Ce temps d’échanges a permis de recueillir les voix de onze associations qui accompagnent les populations les plus touchées par la précarité : travailleurs et travailleuses précaires, personnes en attente de titre de séjour, familles monoparentales, étudiantes et étudiants… Après avoir livré leurs analyses des mécanismes du développement de la précarité, les associations ont identifié les leviers d’actions nécessaires pour enrayer la spirale de la précarité et de l’exclusion sociale qui en découle.

Chaque représentante et représentant a pris la parole pour parler de leur travail de lutte contre les inégalités, mené dans un contexte inquiétant de recul des droits et de baisse des moyens alloués à la lutte contre la pauvreté. Le constat est sans appel : toutes et tous observent la nette dégradation des conditions de vie des populations accompagnées, manifestation concrète des coups de rabots successifs imposés par les gouvernements de Macron aux associations, au rythme des projets de loi de finances. Un aperçu de ce contre quoi on se bat, en tant que parlementaire, en s’opposant aux budgets d’austérité. Adouber les coupes budgétaires à répétition et la stigmatisation des plus vulnérables, c’est avant tout perdre de vue l’impact concret sur les vies, sur les corps, sur la dignité des personnes.

Il me paraissait donc essentiel de vous partager un compte-rendu des échanges de cette journée, pour avoir à l’esprit l’état dans lequel se trouve la solidarité nationale. Le sens de l’action politique est de soutenir cette solidarité, c’est pourquoi je remercie la Fédération des acteurs de la solidarité, la Ligue des droits de l’Homme, Médecins sans frontières, ATTAC, ATD Quart Monde, le Secours catholique, Coorace, Droit d’Urgence, le Collectif Alerte, OXFAM et COP1 d’avoir accepté mon invitation. Je remercie également les nombreuses et nombreux parlementaires de gauche qui sont venu·es assister à ce moment d’échanges.

1.     Un constat sans équivoque

Le message délivré par les différentes associations présentes est unanime : la précarité s’aggrave continuellement depuis 2017, pour tous les publics accompagnés. D’abord car l’insertion dans l’emploi ne garantit plus de sortir de la pauvreté : le Secours Catholique accompagne par exemple de plus en plus de travailleurs pauvres. Cela s’explique par des politiques publiques qui privilégient la sous-traitance du service public de l’emploi au profit du secteur privé. Coorace a relevé une baisse des financements publics pour l’Insertion par l’Activité Économique (IAE), malgré une demande en forte hausse et ATTAC a dénoncé la dégradation des droits des travailleurs précaires. Le résultat de cette précarisation accrue, c’est un revenu de vie médian de 555€ pour les personnes accompagnées par le Secours Catholique.

Les familles monoparentales, gérées à 85% par des femmes, ont également de plus en plus recours à l’aide proposée par les associations de solidarité, du fait notamment des temps partiels que sont contraintes d’exercer les mères et de l’inexistence d’un service public de la petite enfance. L’association Cop1, qui organise chaque année la distribution de 130 000 paniers destinés aux étudiant·es, a mis en lumière la précarisation accrue des jeunes et les conséquences concrètes de cette tendance : renoncement aux soins, difficultés à se loger, insécurité alimentaire et administrative. 

Enfin, les personnes en attente de titre de séjour sont surreprésentées parmi les publics précarisés. Ici, l’État crée une trappe à pauvreté en organisant l’exclusion de la protection sociale et du logement, par le refus d’accorder des régularisations à celles et ceux qui ont pourtant un emploi et paient des cotisations en France. La question de l’accès aux droits a été au cœur de nos échanges. Droit d’Urgence et Médecins Sans Frontières dénoncent l’accroissement des obstacles juridiques et administratifs, en particulier pour les étrangers : délais d’attente qui s’allongent pour obtenir un rendez-vous en préfecture et des délais de traitement des dossiers combinés à la disparition des accueils physiques, contribuent fortement au non-recours aux droits. La Ligue des droits de l’Homme a également pointé du doigt la multiplication des arrêtés municipaux visant à éloigner les populations précaires des centres-villes. 

2.     Les associations, roues de secours d’un État défaillant

La solidarité organisée par le tissu associatif pallie les manquements d’un État qui se désengage progressivement, à plus forte raison depuis 2017, de son rôle redistributeur et de son objectif de lutte contre la pauvreté, qui devrait pourtant être érigé au rang de priorité absolue. Ce travail colossal est réalisé avec de moins en moins de moyens. L’austérité imposée, nous, insoumis·es, la dénonçons pour son impact très concret sur les publics les plus fragiles de notre société, dont la bonne santé et la vie digne sont directement menacées. De plus, les budgets sont accordés d’une année à l’autre, empêchant les associations d’avoir une quelconque visibilité sur la trésorerie et les projets qui peuvent être mis en place.

Ce refus d’accorder aux associations des financements pérennes est, par exemple, incompatible avec toute planification qui permettrait de garantir le droit au logement : la Fédération des Acteurs de la Solidarité préconise, par exemple, l’adoption d’une loi pluriannuelle de la rue au logement. La situation est de plus en plus critique : ATD Quart Monde révèle que le nombre de ménages prioritaires restants à reloger a doublé depuis 2017. La loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat » a soumis les personnes sans domicile et mal-logées au droit du plus fort et met gravement en péril notre pacte social en plus d’entraver le travail d’information, de témoignage et d’accompagnement des associations et collectifs intervenant auprès des personnes vivant en lieux de vie informels.

Pire, les associations de solidarité réparent les pots cassés des réformes successives qui appauvrissent, sans jamais permettre un retour à l’emploi stable et rémunérateur, comme la réforme de l’assurance chômage. Les jeunes et les seniors sont particulièrement exclus des dispositifs d’aide à l’emploi. La réforme du RSA, généralisée depuis janvier 2025, impose 15 heures d’activités hebdomadaires aux bénéficiaires, sans que des moyens d’accompagnement suffisants soient alloués. Une nouvelle sanction permettant de suspendre le versement du RSA, créée sans cadre clair, laisse présager une augmentation du non-recours. L’association Médecins Sans Frontières dresse un bilan accablant des politiques migratoires actuelles, dénonçant des pratiques indignes à Calais et à Mayotte, aggravé par les remises en cause lancinantes de l’Aide Médicale d’État (AME), dont les limitations auraient des effets dévastateurs tant sur la santé publique que sur les coûts des soins d’urgence.

Le seul effet véritablement notable de ces réformes, c’est la stigmatisation des personnes précaires : la Fédération des Acteurs de la Solidarité note une nette augmentation du non-recours aux droits.

3.     Les effets de la stigmatisation

La petite musique que nous imposent Macron et ses compères depuis 2017 portent ses fruits : le « pognon de dingue » qui n’est pas investi dans la lutte contre la pauvreté à pour conséquence l’augmentation du taux de non-recours aux droits. ATD Quart Monde le constate notamment et l’explique par la peur des sanctions et l’intensification de la complexité des démarches administratives. Gabriel Attal a ouvert la brèche du RSA conditionné en 2023, en déclarant que les bénéficiaires « devaient travailler quelques heures » pour mériter leur indemnité, alors que 30 à 40% des personnes éligibles ne le demandent pas. Comme le souligne le Collectif Alerte, la stigmatisation des bénéficiaires s’explique par le conditionnement de l’aide au comportement individuel. Les dynamiques de la pauvreté sont ainsi dépolitisées et les politiques publiques de lutte à son encontre rendues inopérantes. 

Le sens de l’action que je souhaite mener en tant que présidente du groupe d’études « pauvreté, la précarité, le non-recours aux droits et le sans-abrisme » est le suivant : faire résonner au cœur de l’Assemblée la voix des associations présentes sur le terrain pour que puissent être entendues leurs préconisations. Par leur travail, les militant·es associatifs sont à même de proposer des analyses délivrées des fantasmes et des formules chocs, qui entament l’estime de soi et renforce l’exclusion de millions de personnes dans notre pays. Les discours stigmatisants sont la porte d’entrée des mesures d’austérité qui ne frappent que les plus précaires : nous devons donc mettre toutes nos forces dans la bataille culturelle contre cette légitimation du creusement des inégalités.

Il est temps d’adopter une approche structurelle et ambitieuse, à l’écoute des associations. Les propositions foisonnent, il ne manque que la volonté politique pour les mettre en œuvre. La justice sociale ne doit pas être soumise aux seules logiques budgétaires : elle doit être replacée au cœur de politiques publiques démocratiquement contrôlées, comme le suggère la Ligue des Droits de l’Homme. ATD Quart Monde souligne l’importance que les personnes concernées soient entendues dans l’élaboration des politiques publiques, pour éviter des mesures déconnectées des vécus. Afin de financer des mesures ambitieuses pour éradiquer la pauvreté, ATTAC et Oxfam proposent entre autres le rétablissement de l’ISF, la taxation des super-fortunes, la suppression des niches fiscales et la régulation des multinationales. Pour que l’accès aux droits puisse être effectif, Droit d’Urgence appelle à lutter contre la dématérialisation des services publics, comme l’a proposé ma collègue Danièle Obono à l’Assemblée. Enfin, pour que plus personne ne vive sous le seuil de pauvreté, les insoumis·es soutiennent la création d’une garantie d’autonomie, qui permettra que nul ne soit privé de sa dignité pour vivre : le revenu mensuel de chaque personne atteindra le seuil de pauvreté, soit 1 216 euros pour une personne seule.

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